Espoir
(20 mars 2026, Editions Emmanuelle Collas), De Djaïli Amadou Amal
Avec Espoir, paru aux éditions Emmanuelle Collas le 20 mars 2026, Djaïli Amadou Amal nous fait découvrir l’histoire de sa propre famille et nous invite à arpenter le Sahel, au fil d’une déambulation intime et géographique au cœur de Maroua, capitale de la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Comme dans ces précédents textes, la plume de l’autrice nous prend par la main et nous entraîne dans une atmosphère singulière, où sifflent les brises vespérales, ces vents frais qui tranchent avec les chaleurs accablantes du jour et enveloppent les nuits du septentrion camerounais d’une douceur attachante.
Il y a, dans ce texte, un air de L’Enfant noir de Camara Laye, par la restitution des scènes de vie qui ont façonné l’enfance de l’autrice, mais aussi par la diversité de cette galaxie familiale où se côtoient oncles, tantes, grands-parents, cousins et amis de la famille. Ici « toutes les femmes sont les tantes » chacune étant désignée par une appellation particulière : « Goggo, pour les noires, tantes maternelles, Yapendo, tante ou tantine pour les Arabes ou les Européennes de la ville ». Cette communauté élargie fait de l’éducation de l’enfant une responsabilité collective. Cette résonance tient peut-être aussi aux origines peules de l’autrice par son père, qui lui rappelait que ses ancêtres venaient du Fouta-Toro.
Si Les Impatientes, portait déjà par le truchement de la fiction quelque chose de l’expérience personnelle de l’autrice, qui n’a jamais caché avoir elle-même été confrontée aux réalités qu’elle dénonce dans son roman, Espoir s’affranchit de ce détour pour une plongée dans la mémoire familiale. L’écriture se fait ici plus directement autobiographique, comme si l’autrice nous ouvrait les portes de sa maison, nous invitant à découvrir les visages, les voix et les histoires qui ont contribué à la façonner.
Dans cette famille, je commence naturellement par Amal, le prénom de l’autrice inspiré par l’arabophilie de son père, diplômé de la prestigieuse université Al-Azhar du Caire, où il fit ses études et où l’autrice passa la première année de sa vie. C’est également au Caire qu’il rencontra sa future épouse, une Égyptienne. Tous deux étaient subjugués par la voix de la grande diva égyptienne Oum Kalthoum, surnommée « l’Astre de l’Orient ». En souvenir de l’une de ses chansons, Amal Hayati, que l’on peut traduire par « L’Espoir de ma vie », ils choisirent de prénommer leur fille Amal.
Installée à Maroua avec sa famille, la jeune Amal découvre la rigueur de l’enseignement primaire, où la chicotte est monnaie courante. Pour contraindre les élèves à apprendre le français, il leur est interdit de parler Fulfuldé dans l’enceinte de l’école. À cette discipline s’ajoute le rejet de ses camarades de classe, qui lui reprochent sa « blanchité ». La petite fille se retrouve ainsi prise entre deux mondes : pas assez noire pour les uns, pas assez blanche pour les autres. L’imaginaire devient son exutoire. D’abord, les contes racontés le soir à la maison ouvrent les portes d’autres univers. Puis vient le livre, auquel elle accède au prix d’une escapade audacieuse : escalader le mur d’un établissement catholique de la ville, le seul endroit où elle peut s’en procurer. C’est alors l’émerveillement de la première lecture, Le Vieux Nègre et la Médaille, de Ferdinand Oyono.
Dans la famille, j’appelle ensuite Ayya, la grand-mère, la gardienne du temple. Octogénaire, elle « se vantait d’avoir été l’épouse unique » de son mari, un homme d’une grande érudition. Grand-mère Ayya redoute par-dessus tout que ses petits-enfants ne lui échappent, happés par la culture égyptienne de leur mère. Aussi s’emploie-t-elle, avec une insistance presque obsessionnelle, à leur inculquer la culture peule, soucieuse de préserver un héritage qu’elle craint de voir se diluer au contact d’autres influences.
J’appelle enfin Goggo Anna, la tante paternelle, très proche de la jeune Amal et remarquable conteuse. Elle pouvait raconter une même histoire en suscitant chaque fois le même émerveillement, grâce à la richesse de ses variations. Chez elle, le récit n’était jamais tout à fait le même : il se renouvelait au gré des mots, des inflexions et de l’imagination, comme si chaque nouvelle version ouvrait une porte supplémentaire sur le monde.
C’est aussi dans cette mémoire familiale que s’inscrivent les thèmes qui deviendront, au fil du temps, les chevaux de bataille de l’autrice camerounaise : les mariages forcés, l’ultraconservatisme des traditions qui enferment les individus dans des carcans, la soumission des femmes et les mutilations génitales féminines, dont elle fera l’horrible découverte lors d’un séjour dans sa famille maternelle, en Égypte. Autant de réalités qui traversent son œuvre et nourrissent son engagement en faveur de la dignité et de l’émancipation des femmes. Le récit s'achève alors qu'elle n'a que 13 ans et deux demandes en mariage sur les bras. Déjà. Impossible de s'imaginer qu'il n'y aura pas de suite.
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Eric Tanké
Bonjour et bienvenue ! Je m’appelle Eric Tchuitio Tanké, même si beaucoup me connaissent sous le nom de Boileau, un surnom qui me suit depuis mes années de lycée, principalement en Première littéraire, dans une petite ville de l'Ouest Cameroun, au Lycée classiques de Bagangté. Autant dire que mon histoire d’amour avec les mots ne date pas d’hier ! J’ai toujours aimé les livres, les belles histoires et surtout ce petit quelque chose de magique qui se produit lorsqu’un texte nous touche, nous surprend ou nous fait voyager. J’aime lire, faire lire, découvrir, raconter et, par-dessus tout, partager les émotions et les réflexions que les livres font naître en moi. Après des études en linguistique appliquée, littérature et traduction à l’Université de la Sarre, dans le sud-ouest de l’Allemagne, j’ai posé mes valises à Bruxelles. Mais une chose n’a pas changé : ma curiosité pour les mots et mon plaisir de me perdre dans les pages d’un bon livre. Ce blog est donc un peu mon carnet de lectures ouvert à tous : un espace pour parler des livres que j’aime, de ceux qui m’interpellent, de ceux qui me bousculent parfois… et, surtout, pour donner envie de tourner quelques pages à son tour. Alors, bienvenue dans mon univers de lecteurs, et surtout, bonne lecture !
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