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La pile des tentations

La rentrée littéraire est l'occasion de découvrir de nouveaux auteurs, de nouvelles histoires et de nouvelles voix. Voici les livres qui composent ma pile des prochaines lectures, choisis au fil de mes envies, de mes découvertes et de mes coups de cœur.

Une sélection appelée à évoluer au gré des sorties et des rencontres… et qui risque bien de s'allonger plus vite qu'elle ne diminuera !

Couverture de Où d'adosse le ciel

Où d'adosse le ciel

David Diop

À la fin du XIXe siècle, Bilal Seck achève un pèlerinage à La Mecque et s'apprête à rentrer à Saint-Louis du Sénégal. Une épidémie de choléra décime alors la région, mais Bilal en réchappe, sous le regard incrédule d'un médecin français qui cherche à percer les secrets de son immunité. En pure perte. Déjà, Bilal est ailleurs, porté par une autre histoire, celle qu'il ne cesse de psalmodier, un mythe immense, demeuré intact en lui, transmis par la grande chaîne de la parole qui le relie à ses ancêtres. Une odyssée qui fut celle du peuple égyptien, alors sous le joug des Ptolémées, conduite par Ounifer, grand prêtre d'Osiris qui caressait le rêve de rendre leur liberté aux siens, les menant vers l'ouest à travers les déserts, jusqu'à une terre promise, un bel horizon, là où s'adosse le ciel... Ce chemin, Bilal l'emprunte à son tour, vers son pays natal, en passant par Djenné, la cité rouge, où vint buter un temps le voyage d'Ounifer et de son peuple. De l'Égypte ancienne au Sénégal, David Diop signe un roman magistral sur un homme parti à la reconquête de ses origines et des sources immémoriales de sa parole. (Julliard, 14 août 2026)

Couverture de Les enfants gâtés de Butare

Les enfants gâtés de Butare

Dorcy Rugamba

Chaque année, Binwa revient à Butare, au pied du mont Huye, là où est née sa vocation de cinéaste. Il y retrouve sa jeunesse, ses amis d’école buissonnière Hamza et Selemani, ses camarades de fac Belize et Rose, les clans d’étudiants, leurs slogans, leur insouciance, leurs serments d’amour et leurs rêves avortés. Une réalité qui n’existe plus, mais qu’il parvient à ranimer comme on projette un film, chaque fois que les souvenirs reviennent. Un roman d’apprentissage bouleversant sur ce qui précède l’effondrement et la violence, sur un âge où tout semble possible, léger, réparable. Un âge que la mémoire de Binwa a conservé intact, comme Dorcy Rugamba qui explore, par la grâce de la littérature et de la fiction, le seul retour possible dans le pays d’enfance. (Editions JC Lattès, 19.08.2026)

Couverture de Un corps indocile

Un corps indocile

Osvalde Lewat

Couturier talentueux à Paris, Deffo s’épanouit entre ses créations et sa relation amoureuse avec Merveille, qu’il considère comme son « sommet d’ascèse et de vertige ». Un matin, une douleur le saisit à l’aine, si persistante qu’elle bouleverse sa vie sociale et intime. Tandis que ses liens avec Merveille commencent à se défaire, il se rend dans son pays d’origine, le Zambuena, où existerait un moyen ancestral de lui redonner la santé. Pour payer ses soins, il accepte un emploi dans une usine textile contrôlée par des intérêts chinois. Deffo va découvrir la réalité d’un travail industriel où le corps devient un outil soumis à la cadence et à l’abrutissement. À bout, obsédé par sa quête de guérison, il bascule, et tue un homme. Avant l’aube, dans l’attente de la police, Deffo remonte le fil des mois qui ont précédé son geste : la maladie, la sexualité, l’amour, le travail, la spiritualité… Pourra-t-il recoudre les morceaux d’une vie qui a volé en éclats ? Roman des sens et de la conscience, Un corps indocile explore une vulnérabilité masculine à vif, aux prises avec les secousses d’un monde globalisé. Porté par un humour à froid, une langue vive et charnelle, ce texte interroge : comment rester debout quand l’idée que l’on se faisait de soi s’effondre ? (Edition Philippe Rey, 20 août 2026)

Couverture de Le mouvement

Le mouvement

Douce Dibondoo

Après la mort de sa sœur jumelle, une jeune femme refuse le silence et l’impunité. L’homme mis en cause appartenait au même milieu qu’elle : celui des militants de la cause féministe, queer et décoloniale. Rien ne le désignait comme un bourreau. Alors, avec ses amies, elle décide d’agir. Elles traquent. Elles confrontent. Elles frappent. Mais ce geste ne s’arrête pas là. De la vengeance naît un mouvement artistique, politique, collectif – qui déborde ses propres origines et invente d’autres formes de justice, d’autres manières d’habiter le monde. Dans une langue vive, traversée d’oralité et d’éclats poétiques, Le Mouvement raconte une génération qui ne croit plus aux cadres existants et cherche, dans le risque et la création, une voie pour transformer la réalité. (Editions Rivages, 19 août 2026)

Couverture de Les lieux souterrains

Les lieux souterrains

Gustavo Faveron Patriau

Lima, 1992. Un meurtre atroce est commis dans un sous-sol. Tout accuse le réalisateur américain George Walker Bennett, fils d’un tortionnaire de la CIA qui a sévi pendant des années pour le compte des dictatures militaires au Pérou, en Bolivie, au Chili et au Paraguay. Il s’était pourtant juré de ne jamais marcher dans les traces de ce père monstrueux… C’est le point de départ d’une grande odyssée à travers la face cachée de l’histoire de l’Amérique latine, des États-Unis et de l’Europe. Car l’origine de ce crime remonte à vingt-cinq ans plus tôt et il faudra encore autant d’années pour que son mobile soit élucidé. Ce voyage est peuplé d’originaux et de poètes, d’espions érudits et d’exilés, de victimes ou de bourreaux, et trempe George Walker Bennett dans la violence et la folie des autres autant que dans les siennes propres. Les pistes se démultiplient dans cette intrigue foisonnante à la Borges, jusqu’à ce que les pièces du puzzle labyrinthique s’assemblent une à une. Mais ne sommes-nous pas encore pris dans un trompe-l’oeil ? Les Lieux souterrains est un livre fou et fascinant, tout en tension et mélancolie, où se mêlent aventure, quête d’identité, énigmes, horreur et amour. Un nouveau chef-d’œuvre total de la littérature latino-américaine du xxie siècle, qui rappelle qu’il y a du jeu dans la littérature, dans ce qu’elle peut tenter et dire de l’histoire mondiale d’hier et d’aujourd’hui. (Editions Christian Bourgeois, 27 août 2026. Traduit de l’espagnol (Pérou) par Robert Amutio.)

Couverture de L'Âge de déplaire

L'Âge de déplaire

Abibou Diouf

Et si L’Âge de déplaire était le roman de la désobéissance ? Entre Paris et Dakar, Fadel est un homme écartelé. En France, il goûte à une liberté nouvelle ; au Sénégal, sa vie est subordonnée à la hiérarchie familiale, aux injonctions à la virilité et à la tradition. La mort de son père agit comme un déclencheur. La colère d’abord, puis l’afflux des souvenirs, et la figure obsédante d’un autre Fadel, son turandoo, son homonyme : un artiste marginal surnommé « Fadel le Fou », dont le mode d’existence défie l’ordre social. Deux hommes, un même prénom, deux destins possibles. Et une question : a-t-on le droit de devenir soi quand tout nous enjoint de rester à notre place ? Roman du conflit et de la fracture intime, L’Âge de déplaire explore ce moment où l’on comprend que l’héritage n’est pas seulement ce que l’on reçoit, mais aussi ce que l’on choisit de transformer, de taire ou de brûler. Animé par l’urgence de dire, Abibou Diouf interroge avec justesse et courage la fabrique des masculinités, les violences symboliques exercées au nom de la tradition et le poids du silence au sein des familles sénégalaises. (Edition Albin Michel, 19 août 2026))

Couverture de Debout dans tes rêves

Debout dans tes rêves

Abdellah Taia

Années 2000. Majid, un jeune marocain homosexuel, débarque à Paris pour étudier la littérature française à la Sorbonne. Il mène une vie très précaire, dans un studio minuscule, rue de Belleville, au rythme des convocations à la préfecture de police, où le renouvellement de son titre de séjour n'est jamais assuré. Il finit par accepter un job de baby-sitter pour subvenir à ses besoins. L'agence qui l'a recruté lui confie la garde de Gabriel, un petit garçon de 3 ans. Entre l'enfant de bonne famille et l'immigré marocain, un lien fort va se nouer, des années durant, avec la bienveillance d'Isabelle, la mère de Gabriel. Mais comment rester debout dans ses rêves, quand on est né pauvre, arabe et gay, si étranger dans le regard des autres qu'on est en permanence menacé de le devenir à soi-même ? (Julliard, 20 août 2026)

Couverture de La Mort du roi Tsongor

La Mort du roi Tsongor

Laurent Gaudé

Cité de Massaba. Le vieux et puissant roi Tsongor s’apprête à marier sa fille Samilia avec le prince des terres du sel. La cérémonie sera somptueuse. Mais un second prétendant surgit du désert et déclare que la jeune femme lui est promise depuis l’enfance. Les préparatifs de guerre remplacent ceux de la noce, et bientôt le fils cadet du roi part accomplir les dernières volontés de son père. Empruntant aux mythes antiques, au conte et à la tragédie, Laurent Gaudé renouvelle le genre de l’épopée dans un récit enivrant qui est aussi une réflexion vibrante sur la violence. (Actes Sud, 13 août 2002))

Couverture de Pétales de sang

Pétales de sang

Ngugi wa Thiong'o

Qui a tué les directeurs locaux des Brasseries Theng'eta, appartenant à des étrangers ? La police interroge quatre personnes d'llmorog Ville-Nouvelle. Le maître d'école, Munira, est confronté avec trois autres suspects : Wanja est une serveuse très séduisante et ingénieuse ; Karega, toujours en révolte, a été enseignant puis syndicaliste ; Abdulla, le petit commerçant, a un passé héroïque dans la lutte pour l'indépendance du Kenya. Leurs relations intenses mais difficiles, leurs expériences et leurs amours secrètes se déroulent sur un arrière-plan mouvementé : c'est l'évolution des forces sociales du village sous un capitalisme nouveau ; c'est l'histoire des luttes passées contre la domination et l'oppression coloniale ; c'est la résistance d'un peuple contre une exploitation de plus en plus féroce et mortelle, créée par la collaboration des étrangers avec une nouvelle classe de propriétaires africains. Le roman ne voit d'issue pour l'Afrique que par la lutte des populations contre cette alliance, afin de venir à bout des sécheresses dévastatrices aggravées par la désertion des campagnes pour les villes. La pluie tombe sur des fleurs aux pétales de sang, mais quels fruits ces fleurs donneront-elles ? (Paru aux éditions Heinemann en 1977 puis à Présence africaine en 1985, traduit de l'anglais par Josette Mane)

Couverture de C'était ça ou mourir

C'était ça ou mourir

Thélyson Orélien

Le premier roman de Thélyson Orélien est déjà le phénomène littéraire de l’année 2026. En cours de traduction dans plus d’une vingtaine de langues, C’était ça ou mourir a conquis le Québec et bientôt le monde entier, en racontant l’Odyssée de Jonas Dorléon. Après l’embrasement de son quartier de Port-au-Prince, Jonas n’emporte presque rien avec lui en quittant Haïti : un diplôme, un cahier de poèmes, la photo de sa mère. Toute une vie dans un sac plastique. Se réfugiant d’abord en République dominicaine, puis au Brésil et au Mexique, ce professeur d’histoire franchit les frontières tantôt à bord d’un autobus surchauffé, tantôt en affrontant les profondeurs de la jungle. À chaque étape des visages surgissent, des corps tombent, des solidarités se nouent puis se brisent. Dans l’espoir d’atteindre le Canada et le peu de famille qu’il lui reste, Jonas se retrouve aux portes des États-Unis, seul face aux agents de l’ICE et d’une administration prête à tout pour mener sa chasse aux migrants. Avec la trajectoire de Jonas, c’est une cartographie intime de la survie qui se dévoile. Aussi contemporain qu’universel, ce roman raconte les migrations au présent — non comme un concept, mais comme une expérience physique : marcher, avoir faim, se blesser, rire devant l’horreur pour ne pas abandonner. Thélyson Orélien y déploie une écriture foisonnante, traversée d’humour et de poésie, une langue d’exil qui s’apprend « sans grammaire, sans dictionnaire, juste avec les os et la peau ». Porté par un souffle narratif irrésistible, C’était ça ou mourir est un premier roman bouleversant qui révèle un écrivain majeur de notre temps. (Editions Grasset, 19 août 2026)

Couverture de Chronique d'un royaume perdu

Chronique d'un royaume perdu

Ananda Devi

Au Bouchon, petit village isolé de l’île Maurice, quatre générations se succèdent depuis le temps de l’esclavage. La violence se mêle à l’amour, la tendresse à la haine, les plus nobles passions aux vices les plus vils, les sangs des unes aux sangs des autres… Les cinq fondateurs viennent d’une plantation lointaine : trois sont nés dans la puissante et blanche famille Dumontais ; deux d’une esclave noire. Mais les trois blancs sont en vérité le fruit d’une passion entre Madame et le Vieux Bouc, un esclave magnétique qui revendique aussi la paternité des deux derniers. Bannis pour s’être liés d’amour et d’amitié, les cinq enfants devenus grands trouvent refuge dans ce lieu perdu dont ils font leur royaume, autarcique et magique, qu’ils défendent d’un seul corps, puisqu’ici sont abolies les frontières entre passé, présent et avenir ; vie et mort ; réel et fantastique. Tel homme entend sans le vouloir tous les péchés humains ; telle femme meurt et renait en déesse protectrice ; un enfant vit parmi les oiseaux quand son cousin viole et tue sans frein ; le moulin est hanté par les voix des fantômes, la nature donne les plus beaux fruits mais décapite la chapelle ; les guerres du monde contemporain rencontrent les combats intérieurs de chaque individu et l’histoire de l’humanité se reproduit dans l’infiniment petit de leurs existences débridées. Parmi eux, un enfant timide sera le chroniqueur de ce royaume hors-norme dont il livre les jours de paix, de luttes, et les nuits de folie pour empêcher l’oubli. Épopée fabuleuse, mythologie vibrante, fable majestueuse, cette Chronique d’un Royaume perdu est le chef d’œuvre d’Ananda Devi. (Editions Grasset, 19 août 2026)